1. Pourquoi l’hiver change l’épidémiologie des urgences

Chaque année, les vacances scolaires d’hiver s’accompagnent d’un pic net des traumatismes liés aux sports de glisse. Les mécanismes sont souvent à haute énergie, avec des patients jeunes, sportifs et parfois peu symptomatiques initialement.

Aux urgences, le risque principal n’est pas de voir les lésions évidentes, mais de sous-estimer les traumatismes occultes.

Points de vigilance :

  • Mécanismes en torsion du genou

  • Chutes à vitesse élevée

  • Traumatisme de l’épaule en snowboard

  • Traumatisme crânien sous-estimé

  • Contexte fréquent d’alcool ou de fatigue


2. Entorse du ligament croisé antérieur (LCA) : le grand classique

C’est la lésion ligamentaire la plus fréquente chez le skieur.

Mécanisme typique

  • Ski bloqué

  • Rotation du genou

  • Sensation de “craquement”

Signes évocateurs

  • Hémarthrose rapide

  • Instabilité

  • Douleur modérée parfois trompeuse

Conduite pratique

  • Radiographies systématiques initiales

  • IRM en différé si suspicion clinique

  • Immobilisation + avis spécialisé

Piège fréquent : examen initial faussement rassurant.


3. Fracture du plateau tibial : la lésion sous-estimée

À évoquer devant toute douleur du genou après traumatisme en compression ou valgus.

Signes d’alerte

  • Douleur latérale du genou

  • Impotence fonctionnelle

  • Hémarthrose

  • Radio parfois normale

Conduite

  • Radiographies face/profil

  • Scanner si doute clinique

  • Décharge stricte

Pearl clinique : douleur importante avec radio normale = imagerie complémentaire.


4. Luxation antérieure de l’épaule chez le snowboarder

Très fréquente lors des chutes sur le membre supérieur en abduction.

Diagnostic

  • Déformation de l’épaule

  • Attitude du blessé caractéristique

  • Impotence fonctionnelle

Prise en charge

  • Radiographie avant réduction

  • Réduction douce sous antalgie/sédation

  • Immobilisation coude au corps

  • Contrôle radiographique post-réduction

À ne pas manquer : recherche systématique de déficit neurologique (nerf axillaire).


5. Traumatisme crânien du skieur

Souvent banalisé, surtout chez les patients jeunes.

Situations à risque

  • Absence de casque

  • Vitesse élevée

  • Amnésie

  • Vomissements

  • Troubles neurologiques

Quand faire un scanner cérébral

  • Selon règles habituelles (type Canadian CT Head Rule)

  • Perte de connaissance

  • Signes neurologiques

  • Anticoagulation

  • Traumatisme à haute cinétique

Message clé : ne pas banaliser un TC en station.


6. Les pièges diagnostiques fréquents en station

C’est ici que se joue la qualité de prise en charge.

Pièges classiques

  • Patient jeune qui minimise

  • Douleur retardée après l’effort

  • Radios initiales normales

  • Polytraumatisme méconnu

  • Contexte d’alcool

  • Fatigue en fin de journée de ski


7. Message clé pour la pratique

En période de sports d’hiver, tout traumatisme de ski doit être évalué avec rigueur.
Les lésions ligamentaires du genou, les fractures du plateau tibial, les luxations d’épaule et les traumatismes crâniens sont les diagnostics à ne jamais manquer aux urgences.

Une imagerie normale n’élimine pas une lésion significative en contexte évocateur.